Accompagnement par le toucher
Qu’est-ce que le toucher en fin de vie ?
Ce toucher a-t-il quelque chose de particulier ?
Spontanément, je dirais non, mais le oui suit précipitamment, l’un démentant l’autre, l’autre confirmant l’un.
Oui, ce toucher est particulier, parce qu’à ce moment-là nous prenons le temps, le temps du temps … simplement prendre la main avec tendresse et douceur, entourer une épaule, accueillir quelqu’un contre sa poitrine …
Non, ce toucher n’a rien de particulier, il est présence, confiance, respect …
entrer en contact à travers la peau et au-delà avec le cœur, parce qu’en touchant la peau, je touche « autre chose », quelque chose d’indéfinissable, d’indicible … où je ne sais pas mettre de mots.
Peut-être que la fin de vie incite plus au toucher, justement pour garder un lien, pour rester dans le prolongement …
Essayez de vous souvenir … la dernière fois que vous avez eu ces gestes et pas obligatoirement avec une personne en fin de vie …
Dans l’accompagnement, nous utilisons
- Les mots, pour dire
- La présence, juste être là,
- Le silence, et nous nous rendons compte de la difficulté à rester silencieux, à être dans le non faire,
- Le toucher, poser la main, faire des massages de bien-être.
A chaque rencontre, je m’ajuste à ce qui est là, les préparatifs sont rarement possibles et ne sont pas souhaités, laissons la place à l’imprévu … à ce qui peut arriver, à ce qui m’attend …
Pour moi, le toucher commence dès que je mets ma main sur la poignée de la porte.
Ne dit-on pas : « elle est entrée comme une bourrasque » ou « elle est entrée sur la pointe des pieds » ?
- Puis, c’est le regard :Je vois l’autre, j’avance vers lui,et seulement après j’avance la main, je tends la main et je touche,
J’utilise une formule : « toucher par le regard, regarder, écouter et entendre avec les mains ».
Pour moi, le toucher passe par savoir écouter, se taire parfois, souvent même et rester attentive aux gestes, à la respiration, au regard de la personne.
Je ne suis pas toujours et tout de suite à l’aise face à la personne, je ne trouve pas toujours le mot, le geste juste,mais j’essaie de me relier à moi-même et à l’autre,comme dans Le petit prince, j’apprivoise la personne,il ne s’agit pas de toucher systématiquement, de toucher constamment, de se précipiter sur la personne ; parfois rester assise à côté d’elle fait partie de « apprivoiser la personne, apprivoiser le toucher ».
Le toucher devient langage...
Le massage des pieds jusqu’aux genoux, quelquefois celui du visage, ce n’est pas un massage technique, c’est juste un massage de détente, de bien-être où les mots babillent, juste pour dire, sans chercher un sens particulier,
Comme si le mouvement dans le toucher permettait aux mots de s’exprimer, où les non-dits, les peurs, les interrogations se nomment, c’est une manière de rassurer la personne, de l’aider à parler, à être en paix intérieure.
C’est aussi une possibilité d’existence de ce corps malade, de reconnaissance de son corps.
Le toucher peut être le passage « obligatoire » pour avoir accès aux mots, à l’histoire de la personne.
Le toucher, rencontre affective ?
Le toucher sécurisant donne un sentiment d’unité, de réconfort.
Dans la maladie, c’est le corps qui flanche, qui me lâche, qui m’enferme dans un espace temps …
À travers le toucher, je peux redonner une dimension plus personnelle à cet espace temps, à ce corps.
Le toucher n’est pas anodin, il redonne le contact et permet de rassembler, de se rassembler, de rassembler son capital de vie.
Par ce geste, la personne continue à habiter son corps.
C’est dans la confiance, dans ma manière d’entrer en contact que le toucher sera possible,parfois le toucher peut relancer les mots, comme si, à travers ma main, une transmission peut se faire et s’accomplit …
Le toucher, ultime lien ?
Parfois les mots ne sont plus possibles et le toucher reste le seul lien.
Parfois le besoin de silence est très fort, l’absence de gestes, de mouvement également et je reste assise, tranquille, juste être présente …
Parfois, l’autre refuse mon toucher, j’accepte ce refus même si c’est difficile, je ne reste pas figée dans ce refus, demain ou un peu plus tard tout peut changer ou une autre bénévole aura plus d’affinités avec cette personne,
L’accompagnement, c’est respecter et comprendre que parfois justement je ne comprends pas et ce n’est pas essentiel.
Je vous propose durant ces deux jours à ressentir avec vos mains et avec votre cœur, de développer et de vivre cette présence, ces différents espaces temps et de ressentir au fond de votre être, votre ultime compassion de rester dans cet instant et mieux le vivre avec la personne. Comprendre pour mieux vivre la rencontre.
Une intention juste, c’est un toucher juste.
L'approche dans sa globalité corporelle, émotionnelle et spirituelle.
A lire:
Et Richard Bach, l’auteur de Jonathan Livingston le goéland, dit dans un de ses livres, Illusions ou Le Messie récalcitrant :
« Tu enseignes ce que tu sais au fond de toi, mais aussi ce que tu as besoin d’apprendre et c’est en l’enseignant aux autres que tu apprends le mieux ».
Peut-être que la réponse se trouve en partie dans cette phrase.